Les indépendants trop souvent victimes de la précarité

Les allocataires sociaux et certains salariés n'ont pas, loin s'en faut, le monopole de la précarité. Les indépendants sont une population à risque !

Selon le Centre d'études pour l'entrepreneuriat (ULB), un indépendant sur trois vit en dessous du seuil de pauvreté. La disparité est grande entre ceux qui, heureusement, réussissent et ceux qui vivotent. 30 % des indépendants à titre principal génèrent les deux tiers des revenus du total des indépendants. Le revenu annuel des 10 % des indépendants les plus aisés est douze fois plus élevé que le revenu annuel des 10 % des indépendants les plus démunis. Il existe, chez les indépendants, une minorité qui réussit très bien et une majorité qui peine à vivre décemment.

Les statistiques du Service de lutte contre la pauvreté, la précarité et l'exclusion sociale révèlent une autre réalité. Selon ces chiffres, 4,2 % des travailleurs belges s'exposent à glisser sous le seuil de pauvreté. C'est très honorable sachant que la moyenne européenne est à 8 %.Mais quand on ventile ces chiffres par statut, le taux de risque de pauvreté s'envole à 13,7 % pour les travailleurs indépendants contre 2,7 % seulement pour les travailleurs salariés.Les derniers chiffres de l'Inasti (assurances sociales pour indépendants) cassent totalement le mythe de l'indépendant prospère. Ils fixent le revenu moyen de l'indépendant à 1.489 € mensuels. Ce chiffre, moyenne de l'ensemble de revenus très disparates et inégalitaires, démontre la précarité des travailleurs sous ce statut.

Faut-il le rappeler ? Les indépendants, contrairement aux salariés, n'ont ni chèques-repas, ni bonus d'aucune sorte, ni simple ni double pécule de vacances, ni aucun autre avantage de toute nature autre que ceux qu'ils financent eux-mêmes (voiture de société, GSM…). Et l'on pourrait, lorsqu'on parle de la précarité des indépendants, évoquer l'incertitude des commandes futures, les choix cornéliens à opérer en matière d'investissements, la couverture sociale encore perfectible, les sacrifices à concéder dans sa vie familiale et le nombre considérable d'heures de travail...

Jean-François Krenc
Article publié dans Union&Actions (UCM), le 15/5/2009.