Le plan Emploi de Joëlle Milquet : du bon, du moins bon et beaucoup de flou

La ministre de l'Emploi, Joëlle Milquet (CDH) a dévoilé un document ambitieux, avec pas moins de 150 projets de réforme du marché du travail. Ce vaste catalogue aborde formation, chômage, coût du travail et qualité de vie. Pour le meilleur et, parfois, pour le pire...

Les représentants des employeurs (UCM, FEB, Unizo, Agrofront) ont pris acte, sans plus, du dépôt du plan. Pas d'analyse détaillée car, dans les 150 points, certains relèvent entièrement de la concertation sociale en cours. Les organisations patronales demandent au gouvernement de ne pas interférer dans ces dossiers, "dans l'intérêt d'un climat de négociation serein"… Seul un survol rapide et partiel est donc possible et souhaitable pour l'instant.Pour la formation, il faut souligner l'heureuse idée d'une campagne de sensibilisation à lancer auprès des PME. Le congé éducation payé serait réformé. L'UCM plaide pour un remboursement différencié selon que la formation suivie est liée ou non au métier exercé. Le nombre de stages en entreprise devrait être augmenté. Bien ! Mais cibler toutes les mesures incitatives sur les jeunes en formation, c'est oublier que l'entreprise formatrice consent aussi d'importants sacrifices, notamment financiers… Le deuxième volet aborde l'activation des demandeurs d'emploi. La ministre propose un plan coordonné entre les divers pouvoirs, un suivi individuel plus poussé du demandeur d'emploi et diverses mesures visant à augmenter le taux d'emploi des personnes issues de l'immigration, des femmes et des personnes handicapées. Attention : pour l'UCM, l'intégration de ces travailleurs sur le marché de l'emploi relève d'une problématique sociétale, qu'il ne convient pas de transférer sur les seules entreprises. Le plan prévoit des mesures pour lutter contre les pièges à l'emploi. Il va de soi qu'il faut améliorer l'avantage financier à passer de l'inactivité à l'activité, notamment par un système d'indemnisation du chômage qui décourage de s'y installer.

Le troisième volet évoque le coût du travail. La simplification des plans d'embauche doit conduire, selon la ministre, à une importante simplification des mesures et une substantielle réduction des coûts sur les salaires inférieurs à 2.200 euros brut. L'UCM soutient l'adoption de mesures fiscales attractives pour permettre aux PME de faire face aux défis de l'innovation. Le reste du plan impose toutefois d'importantes réserves sur la réforme envisagée du travail étudiant, l'extension éventuelle des activités des titres-services et la très faible prise en compte des politiques de stimulation de l'emploi en faveur des PME.Le quatrième volet traite de la qualité de vie au travail. Si l'UCM accueille favorablement l'idée du "compte-carrière" permettant aux salariés de financer eux-mêmes la modulation du rythme de leur carrière professionnelle, elle s'inquiète de la prolifération et de l'extension perpétuelle des congés de toutes sortes, permettant aux travailleurs de s'absenter du travail pour des raisons diverses. Ces absences désorganisent fortement les petites entreprises.En définitive, les 150 mesures alternent le bon et le moins bon. En tout cas, les partenaires sociaux devront être étroitement associés à leur concrétisation. L'UCM plaidera pour une meilleure prise en compte des nécessités et spécificités des PME qui, comme la ministre l'indique à juste titre, représentent plus de 50 % de l'emploi salarié.

Jean-François Krenc

Publié dans Union&Actions (UCM), le 28/11/2008.