L'absentéisme à la loupe

Un salarié est absent en moyenne 2,3 fois par an pour un total de 12 jours. Il est remarquable que 25% des absences constituent des absences d’un jour. Il en coûte, chaque année, pour une PME 9.157 euros par collaborateur.

Un salarié est absent en moyenne 2,3 fois par an pour un total de 12 jours. Les absences maladies en 2010 s’élèvent à 5,68%, soit 0,10% de moins qu’en 2009. L’absentéisme pour maladie de courte durée diminue pour la première fois depuis 2004. Il est de 2,19% en 2010 contre 2,26% en 2009. A l’inverse, l’absentéisme pour maladie de moyenne et longue durée a augmenté, respectivement de 1,67% à 1,74% et de 1,65% à 1,75% pour la longue durée. Cette baisse de l’absentéisme de courte durée est à nuancer : elle a connu un niveau record en 2009 (2,45% contre 2,22% en 2002). A l’exception de 2004 et 2010, l’absentéisme a enflé sans discontinuer. Il a crû de 10% entre 2002 et 2012. Comparativement à la France, les travailleurs belges sont plus souvent absents mais pour une durée plus courte.

Il est remarquable que 25% des absences constituent des absences d’un jour, le lundi dans un tiers des cas. Par ailleurs, les absences pour maladie d’un jour ont souvent lieu le lundi et le vendredi : 6,96% et 6,67% de l’ensemble des hypothèses d’absence pour maladie. Les jeunes sont plus souvent malades pour de courtes durées. Fait inquiétant, 65% des patrons de PME constatent une augmentation de l’absentéisme en 2011 par rapport à 2006, surtout le lundi.

Facteurs aggravants

Certains facteurs peuvent aggraver l’absentéisme, comme l’âge, le sexe ou encore la rémunération. Ainsi, les entreprises à risque sont les entreprises qui emploient majoritairement des jeunes collaborateurs ou des femmes. 43,33% des travailleurs âgés de 55 ans et plus sont malades au moins une fois dans l’année. Ce chiffre grimpe à 55,5% chez les travailleurs âgés entre 25 et 29 ans et à 55,75% chez les travailleurs âgés de 30 à 34 ans. Les employés plus âgés ont donc tendance à moins être absent pour cause de maladie. Les plus jeunes sont certes plus souvent malades que les plus âgés mais également moins chers. La fréquence des absences pour maladie est également moins élevée chez les hommes (0,97%) que chez les femmes (1,33%). A l’inverse, la durée de maladie est plus grande chez les hommes (12,74) que chez les femmes (12). Toutefois, au final, les femmes sont plus souvent absentes pour cause de maladie que les hommes. Enfin, les personnes qui gagnent mieux leur vie sont moins souvent absentes. Le taux est de 3,33% pour les travailleurs qui proméritent entre 1000 et 2000 euros bruts par mois et descend à 1,67% pour les travailleurs qui gagnent entre 3.000 et 4.000 euros mensuels bruts par mois et à 0,8% dans les cas des travailleurs gagnant plus de 7.000 euros mensuels bruts par mois.

L’absentéisme est plus élevé en Wallonie (2,65%) et le plus bas en Flandre (2,41%). Au niveau provincial, Namur a le pourcentage le plus élevé d’absentéisme (2,96%) et le Luxembourg, le pourcentage le plus bas (2,25%). Les secteurs critiques sont le travail intérimaire et l’industrie chimique (plus de 65% des travailleurs ont au moins été absents un jour pour cause de maladie). L’absentéisme est aussi lié à la taille de l’entreprise : plus l’entreprise est petite, plus le travailleur est assidu. Enfin, les mois de janvier et février sont propices à l’absentéisme de courte durée (3,1% et 3,2%).

Coût de l’absentéisme

Le coût moyen d’un jour d’absence d’un travailleur est de 160€/jour. Par ailleurs, l’absentéisme génère un coût direct de 5,2 milliards d’euros par an. L’absentéisme d’un collaborateur à temps plein a coûté en moyenne 784,26 euros en moyenne à l’employeur belge. Le coût moyen de l’absentéisme de courte durée pour une entreprise de 10 personnes est d’environ 9.157,8€ ou 17€ par heure de maladie. L’absentéisme des travailleurs âgés entre 55 et 59 ans coûte 936€/an par collaborateur et des plus de 60 ans (910 euros/an). L’absentéisme des travailleurs de moins de 25 ans est le moins cher (623 euros/an).

Pistes de solutions

Le jour de carence, soit le premier jour d’une courte période de maladie (moins de 14 jours calendrier de maladie) que l’employeur ne doit pas payer, est de nature à freiner l’absentéisme de confort. Le jour de carence ne concerne toutefois que les ouvriers. Par ailleurs, pour ces travailleurs, de nombreux secteurs ont convenu de leur suppression. Il a donc, dans les faits, au sein du secteur privé, une application désormais marginale. Les négociations interprofessionnelles envisageaient d’ailleurs sa suppression moyennant des contreparties, telles que l’information directe de l’employeur en cas de maladie, la localisation du travailleur absent, le renseignement de créneaux horaires pour la visite d’un médecin contrôle,… La France adopte une réflexion inverse. En effet, disposant d’un dispositif de jours de carences applicable au secteur public et privé de 3 jours, le gouvernement français réfléchit à l'instauration d'un 4e jour de carence en cas d'arrêt maladie pour les travailleurs du secteur privé.

Un management efficient peut également diminuer l’absentéisme. Ainsi, l’organisation d’entretiens dits de continuité, la déclaration directe de maladie, le recours fréquent aux médecins contrôle, la réduction de la pression au travail, le télétravail En outre, devoir déclarer directement son absence pour maladie à son supérieur diminue le taux d’absentéisme.

La vigilance de l’employeur par l’envoi d’un médecin contrôle au domicile du travailleur est envisageable. Toutefois, l’impact du médecin contrôle est en réalité limité. Les absences seraient, après contrôle, légitimes dans 88% des cas. Dans 5,5% des cas, le médecin ordonnait une reprise anticipée. Dans les autres cas, le médecin n’a pas pu rencontrer le patient.

En toutes hypothèses, il convient de maintenir l’exigence d’un certificat médical pour une incapacité d’un jour. Si certains prétendent que la suppression du certificat médical pour les absences d’un jour réduirait les coûts pour l’assurance santé, il nous semble que ce document constitue désormais le seul frein officiel à l’absentéisme lorsqu’on connaît le champ d’application toujours plus marginal du jour de carence.

Focus : absentéisme dans la fonction publique

Le coût de l’absentéisme s’élève à 940.000€ pour l’Etat fédéral. En moyenne, l’absentéisme était de 10,11 jours en 2009 contre 7,9 en 2007 (+28%). Les fonctionnaires fédéraux wallons sont plus souvent malades que leurs alter ego flamand. Ils représentent 46% des effectifs mais incarnent 51% des jours de maladie. Le département des finances comptabilise 43% de l’ensemble des jours d’absentéisme alors qu’il représente 36% des fonctionnaires au sein des administrations fédérales. Enfin, 37% des absences pour maladie sont d’une durée d’un jour. Les fonctionnaires fédéraux sont, en règle générale, plus souvent absents mais pour des périodes plus courtes.

Jean-François Krenc
Article paru dans Union&Actions (UCM), janvier 2012