Le service d'études de l'UCM a partagé avec Ricardo Cherenti, doctorant à l'ULG, sa vision de la précarité. Et mis en évidence une réalité parfois méconnue : la précarité dans le milieu indépendant.
De façon subjective, la précarité est le sentiment de ne pas avoir une situation matérielle acceptable et la conviction de ne pas pouvoir remonter la pente à court terme. C'est donc une notion relative, définie par rapport à une "situation acceptable" au sein d'une société donnée. Certaines personnes relativement aisées peuvent ressentir une impression de précarité.Le concept ne peut pas être totalement objectivé. Certes, le seuil de pauvreté est connu. Il s'établit à 60 % du revenu médian des Belges et s'élève à 860 € net mensuels. Un Belge sur sept est en dessous. Mais d'autres données pourraient être prises en compte que le seul revenu médian national.
La précarité peut se détecter. La dégradation des conditions de travail, l'altération de la santé, les difficultés à développer une vie sociale, la prise de risque et l'incertitude quant à l'avenir sont autant de signaux d'une situation précaire.
La précarité peut aussi s'expliquer. Primo, les charges fiscales sur les revenus du travail, s'élevant en moyenne à 42,8 %, grèvent massivement les rémunérations et plombent les bas et moyens salaires.Deusio, une aversion certaine au risque et une résistance au changement freinent la création de richesses. L'esprit d'entreprendre est faible en Belgique. À peine 3 % de la population âgée de 18 à 64 ans gérait l'an dernier une affaire naissante ou était propriétaire d'une entreprise opérationnelle depuis moins de trois ans et demi ! Ce constat est plus affligeant lorsqu'on sait que le taux d'activité entrepreneuriale avoisine les 10 % dans le monde et 5 % en Europe. Tertio, la Belgique connaît un taux de chômage aussi massif que constant. Plus d'un demandeur d'emploi sur deux ne fait pas les efforts suffisants pour retrouver un emploi alors même qu'il est reconnu que l'activation des chômeurs a des effets positifs. Un demandeur d'emploi sur sept est au chômage depuis plus de cinq ans, dans un des seuls pays d'Europe à accorder des allocations illimitées dans le temps. Or, des emplois salariés vacants existent dans des métiers reconnus en pénurie. Près d'un indépendant sur deux nouvellement inscrit à l'Inasti en 2006 provenait des pays de l'Est.
L'inactivité n'est pas une fatalité !La précarité non plus n'est pas une fatalité, si l'on rend les revenus du travail plus attractifs ! Ceux qui se lèvent tôt et ceux qui travaillent tard méritent d'être encouragés et de voir leurs efforts récompensés. L'assistanat doit être découragé. Stimuler les demandeurs d'emploi à trouver un travail ou à le créer eux-mêmes est une politique qui fonctionne. Elle fonctionnera d'autant mieux si l'on simplifie la vie de ceux qui entreprennent, créent leur emploi et parfois celui des autres.
Jean-François Krenc
Article publié dans Union&Actions (UCM), le 15/5/2009.