Alcool et travail ne font pas bon ménage

Le mois de janvier est propice aux vœux et à un "petit verre" pris en commun dans les entreprises. Chouette tradition. Mais la consommation d'alcool sur le lieu de travail doit rester exceptionnelle.

Neuf entreprises sur dix organisent une petite fête de Nouvel An. Dans 70 % des cas, de l'alcool est proposé. Ce verre offert est l'occasion de détendre l'atmosphère, de mieux se connaître et d'échanger sur des sujets autres que professionnels. Cela peut renforcer l'esprit d'équipe. Mais si agréable soit cette tradition, elle ne doit pas masquer le fait qu'alcool et travail ne vont pas ensemble. Quelques chiffres suffisent à s'en convaincre.

Selon des estimations officielles, 300.000 salariés en activité ont une consommation excessive d'alcool et sont donc à risque sur ce point. L'ivresse au travail diminue la productivité et surtout pose d'évidents problèmes de sécurité, pour soi et pour les autres (10 à 20 % des accidents de travail seraient dus à l'alcool). Elle accroît les risques de conflits entre travailleurs (harcèlement moral et/ou sexuel, insultes, violence), peut désorganiser le travail et nuire à l'image de l'entreprise. Les problèmes d'alcool au travail coûtent au total 2,2 milliards d'euros aux entreprises chaque année et 7 milliards à la collectivité.L'alcoolisme professionnel trouve sa source dans des causes diverses : le contact avec les clients et les fournisseurs (31 %), l'accès à l'alcool dans l'entreprise (21 %), le comportement des collègues (18 %) ou des supérieurs (12 %). Le stress (16 %) et la pression professionnelle (11 %) peuvent aussi inciter les collaborateurs à boire.Quelque 70 % des employeurs ont déjà rencontré des problèmes liés à l'alcool. Une entreprise sur quatre pratique la tolérance zéro ; 41 % autorisent l'alcool dans une seule situation, une entreprise sur dix dans trois situations typiques ou plus. L'alcool est significativement davantage toléré dans les entreprises occupant beaucoup d'employés.
 
Trop de règles, peu de sanctions

Depuis le 1er avril 2010, la convention collective de travail n° 100 oblige l'employeur à définir dans le règlement de travail les principes quant à l'usage d'alcool au sein de son entreprise. Pour autant qu'il les ait explicitement prévus et encadrés, l'employeur peut recourir à des tests (alcotests) à usage préventif. Pour l'UCM, ce texte, excessivement préventif, rate son but. Il est trop complexe et manque d'un volet répressif. L'interdiction de procéder à des dépistages sans le consentement du salarié et l'interdiction de sanctionner sur le seul motif d'un test positif réduit la CCT n° 100 à une simple déclaration d'intention. Cela dit, les problèmes liés à la boisson donnent lieu à une jurisprudence abondante. Ainsi, le licenciement pour faute grave est facilement admis en justice lorsque le travailleur concerné occupe un poste de sécurité ou à risque (chauffeur de poids lourd, grutier, taximan). De même, la Cour du travail de Bruxelles a jugé que "après plusieurs avertissements et une mise à pied en raison de l'ébriété sur les lieux de travail, la sanction du licenciement sur l'heure se justifie lorsque le comportement du travailleur perturbe sérieusement la bonne marche de l'entreprise et que l'employeur ne peut plus guère espérer l'amendement de l'intéressé, dûment averti de la gravité de son comportement fautif."

Jean-François Krenc
Article publié dans Union&Actions (UCM), le 7/01/2011